«…  il n’existe aucune base dans la constitution guinéenne pour les reports répétés de ces élections », déclare Peter Pham, Directeur du Centre de l’Afrique de *l’Atlantic Council 

Peter Pham, Directeur du Centre de l’Afrique de *l’Atlantic Council, brosse un tableau des enjeux politiques en Guinée et demande une  intervention plus vigoureuse de la communauté internationale afin de contrer  les plans du président Alpha Condé pour “truquer” les prochaines élections en Guinée. Selon Peter Pham , la Guinée est la clé pour maintenir la stabilité dans la sous-région  plusieurs pays ont connu la guerre . L’article a été publié sur le site d’Atlantic Council et USnews

La communauté internationale a poussé un soupir de soulagement collectif après les récentes élections au Nigeria. Même si la concurrence fût l’une des plus féroces et les votes ont été entachées par des irrégularités et quelques épisodes regrettables de violence, la concession gracieuse du président sortant et la magnanimité de son challenger ouvrent la voie à une passation pacifique du pouvoir qui sera historique dans le pays le plus peuplé d’Afrique. C’est une étape importante, non seulement pour le Nigeria, mais pour l’Afrique dans son ensemble. Mais imaginez  si le président Goodluck Jonathan avait truqué le processus électoral ou tout simplement refusé d’accepter la victoire du président élu Muhammadu Buhari?

C’est ce que le président Alpha Condé tente de faire en Guinée, une nation géopolitiquement sensible dans la même sous-région de l’Afrique de l’Ouest, où le bouleversement politique et les conflits ethniques sont dangereux. Ce qui se passerait en Guinée, pourrait facilement déborder dans les pays voisins, notamment le Mali, le Libéria, la Sierra Leone et la Côte d’ivoire qui viennent tous de sortir de longues périodes de guerre civile.

Par conséquent, il y a un besoin urgent pour la communauté internationale de s’engager plus vigoureusement en Guinée. Les bonnes nouvelles en provenance du Nigeria ne doivent pas être une excuse pour la complaisance quant aux perspectives de la démocratie et de la stabilité ailleurs dans la région

En outre, nous ne devrions pas voir la Guinée à travers simplement le prisme d’Ebola, malgré les efforts du président en exercice de mettre tout le blâme sur l’épidémie dont son pays a été le malheureux épicentre, comme il l’a fait sans vergogne la semaine dernière à Washington.

Même avant le déclenchement de la maladie mortelle qui a fait des ravages dans l’économie, la pauvreté urbaine et rurale a augmenté pendant le mandat du président, selon le rapport de son propre ministère des finances qui a été envoyé au Fonds monétaire international.

Les machinations de Alpha Condé

Incapable de faire campagne avec son faible bilan, Alpha Condé, en poste depuis une élection contestée en 2010, utilise toutes les machinations pour rester au pouvoir. Récemment, le régime a été de plus en plus actif de manière flagrante pour truquer le processus électoral afin de s’assurer qu’il “gagne” les élections prévues dans moins de six mois

L’opposition politique s’est rendue compte qu’elle s’est faite rouler par le gouvernement, qui contrôle la soi-disante  Commission électorale indépendante. Cette commission a changé le calendrier électoral afin de donner un avantage insurmontable au président sortant, qui a refusé de s’engager dans un dialogue politique avec l’opposition pendant presque un an.

Frustrée à fois par l’intransigeance du gouvernement et le manque d’attention de la communauté internationale, la coalition représentant les principaux partis d’opposition est descendue dans les rues pour exiger des élections libres, justes et transparentes. À la suite de ces manifestations, le gouvernement d’Alpha Condé a finalement offert de renouer le dialogue avec l’opposition. Cependant, Cellou Dalein Diallo, un économiste libéral et ancien Premier ministre, et d’autres dirigeants de la coalition de l’opposition ont refusé de participer à des discussions avec le gouvernement jusqu’à ce que deux conditions soient remplies: la commission électorale pro-gouvernementale doit cesser de fonctionner et doit être remaniée; et le calendrier annoncé unilatéralement doit être abandonné au profit d’un calendrier consensuel qui est accepté par toutes les parties prenantes. S’exprimant depuis Paris mercredi, Alpha Condé a rejeté toute modification au calendrier électoral

Conditions préalables  nécessaires pour les élections

Les conditions préalables sont nécessaires parce que les dirigeants de l’opposition ne font pas confiance à Alpha Condé et pensent que l’offre de négociations est un piège habile, juste un dialogue de sourds conçu pour perdre du temps pendant que l’horloge électorale continue de fonctionner. L’opposition est convaincue qu’elle a le soutien des masses. Bien sûr, elle devra prouver cette affirmation dans les urnes. Mais pour que cela se produise, l’ensemble du processus électoral doit être libre, équitable et transparent. Et le processus doit commencer bien avant la date du 11 octobre qui a été choisie pour l’élection présidentielle. L’opposition exige, très raisonnablement, que les élections locales que Alpha Condé a reporté sous un prétexte ou un autre pendant plus de quatre ans se tiennent avant le scrutin présidentiel, en conformité avec les lois de la Guinée ainsi que les promesses répétées du président lui-même.

Pourquoi est-ce si important?

Premièrement, il n’existe aucune base dans la constitution guinéenne pour les reports répétés de ces élections. Comme l’ont souligné les politiciens de l’opposition et certains leaders de la société civile, cela a comme résultat qu’aucun de ceux qui occupent des postes au niveau local – maires, membres des conseils locaux, chefs de quartiers, etc. – a un mandat légal.

Deuxièmement, comme de nombreux observateurs l’ont noté, les critères en vertu desquels ces responsables locaux ont été retenus sans le consentement de leurs électeurs font qu’ils doivent leur allégeance au président.

Troisièmement, ces mêmes responsables locaux non élus qui dépendent du président pour leurs besoins de subsistance seront les mêmes personnes qui décideront non seulement qui pourra s’enregistrer pour participer au vote mais aussi participeront au dépouillement des bulletins de vote.
Sur la base de leur expérience antérieure au cours de la controversée élection présidentielle de 2010, les candidats de l’opposition et les défenseurs de la démocratie craignent, à juste titre que le processus sera truqué.

C’est dans ce cadre que ces activistes ont appelé la communauté internationale, notamment les Nations Unies, l’Union africaine, la Communauté économique des Etats ouest-africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis, à s’engager plus énergiquement en Guinée pour assurer les mêmes chances pour tous au cours des prochaines élections locales et présidentielles. Le déploiement des observateurs étrangers pour surveiller les bureaux de vote le jour du scrutin serait trop peu et trop tard.
Peter Pham Directeur du Centre de l’Afrique de l’Atlantic Council

*Atlantic Council est un groupe de réflexion influent dans le domaine des affaires internationales. Fondé en 1961, le Conseil fournit un forum pour la politique internationale, les affaires et les leaders intellectuels. Il gère dix centres régionaux et des programmes fonctionnels liés à la sécurité internationale et la prospérité économique mondiale. Il a son siège à Washington. L’organisme à une certaine influence auprès des décideurs de la politique extérieure des États Unis . Le Vice-Président américain, Joe Biden a clôturé en Novembre 2014 le sommet de l’Atlantic Council.

Cet article a été publié sur le site internet d’Atlantic Council et USNews

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