Alpha Ibrahima Keira, RPG- arc-en-ciel : « La Guinée a besoin d’une vraie République…il y’a urgence… »

Souriant, décontracté… Alpha Ibrahima Keira nous a reçus dans le salon de sa résidence. L’homme d’Etat qui a occupé des fonctions ministérielles sous le régime  du feu Général Lansana Conté, celui-là qui est aussi membre fondateur du RPG-arc-en-ciel et membre du bureau exécutif du parti au pouvoir nous a accordé une interview. Situation politique du pays, caducité de la constitution, subvention allouée à Cellou Dallein Diallo, troisième mandat…sans concession  Alpha Ibrahima Keira parle, dénonce  mais tranche pour, dit-il, une vraie république de Guinée .Lisez

 

Bonjour Monsieur Keira

Bonjour

Quelle lecture faites-vous de la situation politique du pays ?

J’ai une appréciation peu satisfaisante de la situation politique guinéenne. Moi je pense que tous les blocages que nous vivons aujourd’hui et toutes les insuffisances résultent de la mauvaise législation qui régit la vie politique du pays.

Pouvez-vous être  plus clair ?

Ecoutez ! Pour que notre pays puisse vivre comme une vraie République, dans le respect des règles démocratiques et la séparation des pouvoirs,  garantissant les droits fondamentaux des citoyens, j’estime qu’il convient  de revoir notre acte fondateur qu’est la constitution. Ceci  pour remettre en place une nouvelle République sur une base plus démocratique où le peuple pourrait dire exactement quel pourrait être le régime politique dont-il a besoin par un référendum. La Guinée a besoin d’une vraie République.

A vous entendre on comprend que la constitution actuelle souffre de défaillances, c’est ça ?

Oui ! J’ai le regret de vous dire que notre constitution a énormément d’insuffisances. Le fait d’instituer un régime présidentiel qui cohabite avec une primature est un non-sens au regard des principes qui régissent le régime présidentiel. C’est une source de blocage et de conflit d’attribution. Et c’est pour cette raison que tous les premiers ministres, qui se sont succédés jusqu’à date n’ont fait que de la figuration. Il ne pouvaient servir à rien et c’est le cas aujourd’hui. Le nombre d’institutions républicaines également a été multiplié à l’infini. On a une pléthore d’institutions budgétivores qui ne servent à rien. Personne ne peut donner aujourd’hui le bilan exact de ce que ces institutions ont pu faire depuis leur mise en place. Elles sont sources de conflits, de dissensions et aucune d’entre elles ne joue le rôle qui lui est dévolu au terme des dispositions constitutionnelles. Et, plus grave, on est allé jusqu’à ne pas prendre des actes subsidiaires que sont les lois organiques pour expliquer le mode de fonctionnement, les attributions, la régulation et les compétences de ces différentes institutions républicaines. Donc, ces lois organiques n‘existent pas.  On a fait que créer des institutions, leur allouer des budgets sans qu’elles ne produisent des résultats escomptés.  Nous avons aussi , par cette constitution, fait que l’Etat a dépéri de façon drastique de sorte qu’aucune fonction régalienne de l’Etat n‘est assumée à la satisfaction des administrés. L’Etat est finalement inexistant pour avoir démissionné . Et ça crie partout. Alors que le vrai problème est que les lois que nous avons, enferment l’Etat dans cette situation. Donc, nous voulons d’une chose et de son contraire.

Il faut impérativement mettre l’Etat sur ses jambes pour que les rôles régaliens de l’Etat lui reviennent de droit et qu’il puisse les assumer dans l’intérêt de la République et des populations. En attendant, il faut dire que beaucoup d’anomalies enregistrées dans le fonctionnement du pays découlent des insuffisances de la constitution.

Le seul mérite de cette constitution n’aura été que de nous sortir de la transition militaire. Donc, il était du devoir de la nouvelle Assemblée Nationale et celui du Président de la République élu sur la base de cette constitution transitoire, de faire de la révision constitutionnelle la priorité des priorités à l’époque, avant même la deuxième année de leurs mandatures. Ils auraient pu consulter le peuple pour élaborer une constitution qui réponde aux besoins, aux ses aspirations légitimes du guinéens. Une constitution ne se donne pas comme c’ est le cas de ce que nous avons aujourd’hui. Une constitution s’élabore et s’adapte par le peuple ; c’est le peuple qui se donne la constitution par référendum. Or, le cas de l’organe constituant que nous avons eu, le CNT , n‘était pas représentatif du peuple de Guinée, il n’était pas représentatif de tous les courants d’opinions. Il regroupait des guinéens, c’est vrai !  Mais il regorgeait clairement  des populistes, des hommes éminemment politiques qui avaient des accointances avec plusieurs formations politiques de l’opposition  qui , à leur tour,  avaient à l’époque des attitudes de revanchards et  animés de l’idée de faire des lois tendant à amoindrir le rôle du Président de la République et de museler le pouvoir d’Etat, tout en donnant plus de pouvoir aux partis d’opposition et à la société civile afin de contrecarrer le rôle régalien de l’Etat. C’est pour toutes ces raisons que nous sommes dans un régime où personne ne sait où donner la tête réellement. C’est ça le constat, un constat d’échec ! Il faut donc que nous ayons le courage d’assumer.  C’est dans l’intérêt de tout le peuple de Guinée, dans l’intérêt de notre démocratie. Pour ce faire, nous devons opter pour une révision urgente de la constitution qui remettrait le pays sur ses deux jambes, sinon on ne s’en sortira jamais.

Vous souhaitez une révision de la constitution au moment où la question d’un troisième mandat pour Alpha Condé divise les opinions. Quelle est votre position ?

Je pense que ce sujet n‘est pas à l’ordre du jour, parce que la constitution transitoire que  nous avons ne fait état que de deux mandats. S’il y’a lieu d’un troisième mandat, il va falloir au préalable réviser la constitution. Donc, en ma qualité de  juriste, je souhaiterai que les députés qui ont l’initiative des lois ainsi que le Président de la République usent de leurs prérogatives légales pour nous soumettre une révision constitutionnelle. En ce moment, on discutera des contours de la nouvelle loi constitutionnelle et on pourra voir ce qu’il faudra dire pour que le peuple puisse se déterminer cette fois-ci pour une nouvelle constitution qu’il adoptera librement et démocratiquement.

 

Compte tenu de la promiscuité qu’elle entretien avec le pouvoir, bien de gens pensent que l’opposition a du mal à jouer pleinement son rôle. Etes-vous d’accord avec eux ?

Ecoutez, je pense que tout le monde aspire assumer une parcelle d’autorité dans le pays. Pour moi, dès l’instant où on a fini l’élection présidentielle, nous devons plutôt nous occuper des actions prioritaires de développement. Mais en Guinée, le bavardage politique est permanent. On parle de tout sauf le problème de développement économique du pays. Le débat entretenu partout en ce moment est relatif au troisième mandat, à la nomination de tel ou tel etc. Moi je pense que l’opposition doit être constructive, citoyenne et véritablement républicaine. Si elle doit mettre les bâtons dans les roues du pouvoir dans le cadre de l’exécution de son programme de société qui a été accepté par le peuple, elle devient de facto antidémocratique. Il faut, du moment que les joutes électorales sont terminées, que tout le monde accepte  d’accompagner le vainqueur dans la mise en œuvre de son programme de développement. Je pense que nous devons d’abord être des guinéens avant de se réclamer de l’opposition ou de la mouvance. Nous devons aussi accepter que le débat contradictoire se passe de façon civilisée et dans un cadre idéal parce que adapté comme l’assemblée nationale.

Un sujet s’est invité dans le débat politique national, il est relatif à la subvention allouée au chef de fil de l’opposition. Votre commentaire…

Ecoutez ! Moi je trouve que c’est en exécution d’une loi de la République qui a été votée par l’Assemblée nationale. Il s’agit d’une subvention accordée à une institution de la République ou une personnalité de la République par le parlement et la loi à propos a été régulièrement votée. Maintenant, il est question de l’exécuter parce qu’une loi ne peut pas avoir toute sa plénitude judiciaire sans qu’elle ne soit exécutée. Si aujourd’hui le ministère du budget l’a mise en application, c’est une bonne chose. C’est un droit et le chef de fil de l’opposition ne peut pas abdiquer ce droit. Maintenant la procédure de mise à disposition du montant est engagée même si le processus prend du temps au niveau des régis des finances. Cette subvention devrait permettre au chef de fil de l’opposition d’accomplir honorablement sa mission en contribuant à la consolidation de la démocratie dans notre pays.

Ce qui est écœurant, de mon point de vue, c’est le fait de voir des lettres administratives signées par des ministres ,en copie, sur des réseaux sociaux. C’est comme si le secret administratif n’existe pas ; puisque là, c’est l’administration qui se retrouve dans la rue. C’est un fait répréhensible à tout égard et le ministère du budget et celui des finances doivent sévir contre des fonctionnaires qui ont divulgué de manière outrancière des actes administratifs de haute portée pour nuire à la réputation d’une institution. Moi je crois que c’est une mauvaise chose. Le rôle de l’Etat, c’est d’agir dans les règles de la souveraineté, de la constitutionnalité et de la déontologie financière en ce qui concerne la gestion du budget de l’Etat. Je pense que les gens doivent mettre de l’eau dans leur vin et éviter de faire de cette situation à ne pas en finir. Aujourd’hui, c’est monsieur Cellou Dalein Diallo qui est chef de fil de l’opposition, demain ça peut être x ou y. Donc il faut dépersonnaliser le débat.

 

Etes-vous satisfait du bilan d’Alpha Condé ?

Je suis satisfait dès lors qu’il a pu faire ce que les lois de la république lui ont permis de faire. Il est en train de réaliser les programmes qui lui ont donné la majorité des électeurs depuis 2010. Si nous devons réellement dresser son bilan ça sera à la fin de son mandat mais à mi-parcours déjà, on peut dire que des réalisations  effectuées et en cours de réalisation sont dignes d’éloges. Donc en tant que citoyen, observateur avec un œil apolitique, je peux lui concéder 8/10. En attendant qu’il finisse  ses initiatives.

Propos recueillis par

Gilles Mory Condé

 

 

 

 

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